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Us de Jordan Peele

Mis à jour : 23 mars 2019

De retour de Us de Jordan Peele. Le réalisateur de l’oscarisé Get Out revient avec un nouveau thriller horrifique dont il a le secret. Pour ma part, je n’avais pas été totalement convaincu par Get Out et ne comprends toujours pas comment ce film a pu être encensé à ce point. Mais je me permettrai d’y revenir plus tard (il y aura un spoil sur Get Out). Affirmant tout de même que M. Peele est un réalisateur talentueux, j’attendais son nouveau long-métrage avec impatience, avec tout de même l’appréhension d’avoir la même déception que Get Out. Qu’en est-il ?

La famille Wilson passe leurs vacances dans leur maison de campagne en compagnie de leurs amis, la famille Tyler. Mais après s’être rendus sur une plage où la mère, Adelaide Wilson, a subi un traumatisme durant son enfance, de retour chez eux, la nuit venue, d’étranges individus pénètrent leur demeure…

Je n’en dirai pas plus. À nouveau Jordan Peele nous sert un film grinçant aux multiples scènes angoissantes (malgré des antagonistes parfois ridicules) lui permettant d’aborder la question de l’identité américaine. Utilisant la symbolique du double maléfique et du tunnel souterrain, le réalisateur confronte l’humain à lui-même, à sa noirceur, cette part de ténèbres qu’il tente de dissimuler sous des artifices (chaque personnage aura le sien). Le film fourmille d’éléments symboliques, donnant une consistance et de lourdes significations à la vision cauchemardesque du réalisateur : les ciseaux, les chaînes, la danse, sans parler des références bibliques et des jeux de miroirs que j’ai vraiment trouvés très travaillés — ce plan du dessus avec les ombres des personnages sur le sable blanc… simple mais efficace !

Mais dans cette méticuleuse confrontation avec soi-même, Jordan Peele fait également preuve de maladresse, notamment en explicitant certains points scénaristiques, plombant la cohérence du récit et donc du discours profond de l’auteur. Le twist final se veut être grandiose, il en est surtout absurde. Est-ce voulu ? Peut-être. Mais il tâche la partition de fausses notes en apportant trop de détails à un scénario et un propos qui auraient gagné en finesse à jouer la carte du mystère. De ce fait, la vision de Peele devient flou et peu concluante avec ces mots et flashbacks de dernières minutes, donnant à tout ce qui a précédé une saveur maussade, malgré des idées et une mise en scène des plus inspirées.

Et c’est là que j’ouvre ma parenthèse sur Jordan Peele avant de conclure. Comme dans Get Out qui a bénéficié d’une réalisation soignée et d’un propos fort, les dialogues des personnages et le twist final de Peele casse la satire qu’il met en place tout le long de son film : quand il s’agit d’expliquer, il devient empoté, au point de donner à ses antagonistes des raisons futiles à leurs terrifiants agissements. Quand le spectateur demande « pourquoi ? » le film répond « je ne sais pas » alors qu’il nous a donnés des éléments de réponse tout le long. Et le problème, c’est qu’on ne peut ignorer ce qui a été dit par les personnages : ils dévoilent leurs agissements, totalement bancals par rapport à ce que les images nous montrent et le film en pâtit. Par exemple, à la fin de Get Out, quand le héros incarné par Daniel Kaluuya demande à Stephen Root : « pourquoi vous faites ça à des personnes noires », il lui répond que ce point n’a aucune importance, alors que c’est justement tout le propos du film. L’antagoniste aurait pu juste ne pas répondre ou donner une explication, une raison tangible en adéquation avec le reste du film, plutôt qu’un simple « je m’en moque ».

Bref, donc, comme pour Get Out, Us bénéficie d’une réalisation de qualité, avec une vision effrayante, lourde de sens, forte de ses symboliques, mais qui se retrouve brouillée par une écriture maladroite et mal coordonnée avec son discours profond. Frustrant.