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Theodore Sturgeon - Cristal qui songe

Au rayon SF, il y a un nom qui n’apparait pas dans toutes les librairies, et pourtant il fut reconnu comme l’un des maîtres du genre. Roulement de tambour, il s’agit de l’américain Theodore Sturgeon et l’une de ses œuvres majeures a été rééditée récemment avec une nouvelle traduction : Cristal qui songe.

Né le 26 février 1918 à New-York et mort le 8 mai 1985 dans l’Oregon, Sturgeon s’est vu décerner à titre posthume le Prix World Fantasy dans la catégorie Grand Maître. Une haute distinction pour celui qui a influencé des auteurs bien plus célèbre que lui (le premier me venant étant Ray Bradbury) et qui a également écrit plusieurs épisodes pour la série Star Trek (la toute première, celle de Roddenberry), même si certains n’ont pas été portés à l’écran. Mais Sturgeon est surtout l’auteur de plusieurs romans et nouvelles de SF, les plus connus étant Killdozer (1944), Les Plus qu’humains (1953), et Cristal qui songe (1950, 1952 pour la première version française).

Le jeune Horty, battu et mutilé par son père adoptif pour avoir mangé des fourmis à l’école, s’enfuira de chez lui avant de se lier d’amitié avec trois nains qui l’introduiront dans leur cirque ambulant dirigé par le terrifiant Pierre Ganneval, surnommé le Cannibale. Ainsi peut se résumer le début de Cristal qui songe, roman non pas riche de son intrigue assez classique et linéaire mais par ses personnages et notamment l’humanité (ou l’inhumanité) qui les définit. Sans rentrer dans les détails, l’histoire nous apprend rapidement que le monde est peuplé de copies plus ou moins achevées d’êtres vivants nées des rêves de cristaux aux origines inconnues et dont le terrible Cannibale tente de prendre l’entier contrôle. Ainsi Sturgeon peut développer un thème qui lui est cher : l’humain, qui ne se résume pas à l’appartenance à une espèce mais bien à un comportement, à une énergie, à une émotion qui transcendent la simple condition physique.


« Et tout cela contenait une définition implicite de l’humanité. Il s’en dégageait une espèce de morale splendide qui formait la véritable base du principe de concurrence vitale. Le premier impératif de survie s’exprime en fonction de l’espèce ; le suivant en fonction du groupe ; le dernier en fonction de l’individu. Tout le bien, tout le mal, toute la morale, tout le progrès dépendent de l’ordre dans lequel on se conforme à ces trois impératifs. […] L’essence du bien et du mal réside là ; c’est de cette source que coule la justice pour l’humanité entière. »

Théodore Sturgeon, Cristal qui songe, 1950


Un sujet qui renvoie à la figure du golem et que l’on retrouve aisément en SF avec les robots. On ne compte plus les œuvres où la question sur les machines humanoïdes se posent : Sont-ils aussi humains que les humains eux-mêmes, sinon plus ? Les cristaux rêveurs de Sturgeon lui permettent avec sa prose millimétrée, son rythme calculé et son goût pour les longs dialogues d’aborder cette thématique avec un large spectre novateur (notamment pour l’époque).

Si jamais vous vous laissez tenter par la lecture de Cristal qui songe, l’étape suivante sera d’essayer Les Plus qu’humains qui s’inscrit dans une continuité thématique. Et si vous êtes frayant de cirques obscurs, je vous conseille La Foire aux ténèbres de Ray Bradbury.