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Suspiria de Luca Guadagnino

De retour de Suspiria de Luca Guadagnino. Le réalisateur de Call Me by Your Name s’attaque au chef-d’œuvre de Dario Argento, sorti en 1977. Retrouvant Tilda Swinton et Dakota Johnson qu’il avait dirigées dans A Bigger Splash (remake de La Piscine de Jacques Deray), la nouvelle version du film culte italien est-elle une pâle copie ou une véritable réécriture ? Clairement, la seconde réponse.

Susie Bannion, jeune danseuse américaine, se rend à Berlin pour rejoindre la prestigieuse compagnie de danse d’Helena Markos. L’une des anciens pensionnaires ayant subitement disparu, Mme Blanc, la charismatique chorégraphe de la compagnie, décide de recruter immédiatement la jeune prodige qui va bien vite se rendre compte que l’école de danse est un repère de sorcières.

Dit comme ça, le synopsis ressemble fort au film original, or, toute ressemblance avec lui s’arrête là. Déjà l’esthétique baroque et kitch qui faisait toute la personnalité et la force du film d’Argento disparait pour laisser place à la grise et glaciale ville de Berlin des années soixante-dix, secouée par les affres de la guerre froide. Ce n’est que pour donner plus d’austérité à une histoire d’avantage travaillée que le film de 1977 : là où le scénario n’était qu’un fin fil conducteur reliant des scènes d’épouvante, il est dans la vision de Guadagnino, plus fourni et proprement découpé en six actes et un épilogue, lui donnant justement l’aspect du ballet qu’il met en scène. Car la danse, dans ce Suspiria, est au centre de l’intrigue et permet d’aborder avec efficacité le thème du corps. Il est l’élément centrale du film, ce corps qui parle lorsqu’il danse : le chuintement de la peau, le son des mouvements, le frottement sur le sol lisse, l’impact des sauts, la respiration de la danseuse, tout une musique sans musique (notons tout de même que cette dernière est signée par Thom Yorke de Radiohead). La danse se veut être d’une sensualité bestiale, tout aussi belle que violente quand on voit la mise à mort qu’elle peut entraîner. Ici, le corps est en perpétuelle évolution, prenant des formes tout aussi somptueuses qu’horrifiantes. L’horreur se retrouve aussi dans les rêves morbides que fait Susie. Les cauchemars, visions glauques et giallesques, font partis des rares bribes du premier film, avec notamment les zooms brusques de la caméra et ses mouvements rapides qui rappellent le cinéma expérimental d’Argento, ainsi que ce filtre rouge qui vient conclure le sabbat final, véritable chamboulement gore où le chuchotement des corps fait place à une musique pop et à une effusion d’hémoglobine. Le spectateur non averti risque d’être giflé par cette prise de risque qui mérite d’être saluée mais qui n’empêche pas la réécriture de Suspiria de souffrir de quelques défauts.

En effet, si le premier film voyait son histoire relayée au second plan, celle plus longue et riche écrite par David Kajganich se voit toute fois encombrée de longueurs et de trames narratives en trop. Il m’est encore difficile d’expliquer l’intérêt du psychologue Jozef Klemperer (également joué par Tilda Swinton) dans l’intrigue, qui pourtant ouvre et clôture le film. Tout comme l’épilogue, où les révélations sur la mort de sa femme (interprété par Jessica Harper, l’héroïne du film de 1977) semblent anecdotiques, et en dehors de l’histoire. Ces à-côtés bien étranges donnent un goût amer au générique, malgré le spectacle poignant auquel on vient d’assister : peu de réponses et des questions que nous n’avons pas envie de poser.

S’éloignant à grandes enjambés du film de Dario Argento, le Suspiria de Luca Guadagnino est une revisite totale, une appropriation de l’œuvre, apportant une nouvelle vision osée et neuve. Dérangeant, subtile, violent, ésotérique (notamment sur son dénouement), le nouveau Suspiria bénéficie globalement d’une réalisation soignée et recherchée, malgré des défauts dus à un scénario inutilement garni. Plutôt ironique quand on sait que le premier film avait une histoire qui tenait sur un timbre poste.