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Midsommar d'Ari Aster


De retour de Midsommar de Ari Aster. Deuxième film pour le jeune réalisateur qui continue dans l’horreur après Hérédité. Bien loin des canons du genre qui utilisent la même recette jusqu’à l’écœurement, on laisse de côté le fantastique et la démonologie pour se tourner vers la communauté coupée du monde et son rituel sacré d’un autre temps. L’ombre laisse place à la lumière. Le dernier d’Ari Aster est-il éblouissant ou aveuglant ?

Suite à la mort tragique de ses parents et de sa sœur, Dani part avec son petit ami Christian et ses amis en Suède pour assister à un étrange évènement qui n’a lieu que tous les 90 ans : un genre de rituel aux pratiques mystérieuses et sinistres.

On quitte donc l’obscurité du film de possession pour s’essayer à un autre style d’épouvante que certains appellent assez justement le folk horror. Un basculement clairement présenté à l’écran dès que les protagonistes arrivent dans ce pays où le soleil ne se couche jamais. D’immenses champs verdoyants, des habitants tout de blanc vêtus, des couronnes de fleurs, l’action se déroule dans un véritable Eden. Mais lentement, car oui, Aster est quelqu’un qui aime prendre son temps, ce paradis va lentement révéler ses sombres aspects – du moins pour nos héros et le spectateur. Le film peut en fait se présenter comme le déroulement d’un rituel ancestral abordé du point de vue de personnes qui lui sont extérieurs en tout point. Incompréhension qui va lier les protagonistes aux spectateurs lorsque la violence et le malaise frapperont. La caméra ultra précise d’Aster avec ses plans géométriques et ses cuts acérés filme un cadre serein et apaisant au milieu duquel va s’immiscer un gore très efficace avec crâne éclaté et profusion de sang, créant de véritables chocs dans cette lente mise en scène où tout est mis en lumière. Voire parfois trop. Malgré la beauté des plans, certains s’apparentant même à de véritables peintures, un voile de mystère aurait peut-être été préférable pour donner de l’impact à certaines scènes (notamment celle de l’accouplement, qui, observée par le trou d’une serrure aurait eu un impact plus fort si le spectateur n’avait pas tout vu de l’intérieur).

Plus précis que pour Hérédité, le scénario se construit autour du déroulement millimétré du rituel, clairement au premier plan du film, la tragédie familiale de l’héroïne s’immisçant subrepticement, résonnant en échos oniriques aux souvenirs des horreurs vues durant le rituel du Midsommar. Car l’épouvante ici, plus que dans l’hémoglobine, est générée par le décalage culturel, folklorique, et le malaise qu’il procure. L’amalgame de la normalité entre le citadin et le contadin. Il en résulte une ambiance déconcertante et angoissante, soulignée par une excellente bande-son et de forts symboles (comme dans Hérédité, l’image elle-même nous parle et nous laisse des indices). Nous ne sommes pas dans la surenchère de jump scares mais dans la perte de repères. Une expérience qui n’est pas à la portée de tous et qui peut provoquer l’hilarité chez le spectateur peu habitué au cinéma de genre et grassement biberonné aux productions horrifiques de masse.

Donc, deuxième film, deuxième réussite pour Ari Aster. De brillantes idées de mise en scène, une écriture fine et un sujet rarement abordé ainsi font de Midsommar, malgré ses longueurs, le film d’horreur qui se démarquera de ses semblables en 2019. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais personne n’en sortira indemne.