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H.R. Giger - Celui qui m'a fait aimer l'obscurité.

Mis à jour : 27 juil 2019

L’été dernier, je me suis rendu à Nantes, au lieu unique, qui organisait pour la saison une exposition sur H.R. Giger : Seul dans la nuit. Comme Facebook m’a rappelé qu’une année était déjà passée depuis cette expo, je me dis que c’est l’occasion de vous parler d’un des artistes les plus influents de sa génération.

Pour ceux du fond, Hans Ruedi Giger est un dessinateur, peintre et sculpteur Suisse, né en 1940 et décédé en 2014. Il est principalement connu pour sa collaboration sur le film Alien (1979) de Ridley Scott : la créature et les décors cauchemardesques du film, c’est lui ! Cela lui valut un oscar en 1980 et le fit connaitre auprès du grand public. Néanmoins, le xénomorphe que l’on voit dans les films de la franchise Alien n’est qu’un monstre parmi toutes les autres créations de Giger.

Privilégiant les couleurs froides, l’art de Giger est une alchimie de clair-obscur où se contorsionnent les carcasses de métal et les cheminées de chair dans un véritable sabbat orgasmique aux détails ahurissants et à la géométrie quasi-parfaite. Il faut savoir que les plus grandes peintures de Giger ont été faite à l’aérographe, sur des toiles immenses, blanches, sans dessin ou croquis au préalable : Giger commençait en haut à gauche et finissait dans l’angle en bas à droite, au bout de plusieurs heures de travail, sans aucune pause et avec une précision sans pareil. C’est vous dire le talent du bonhomme !

La biomécanique, c’est ainsi qu’il définit son style qui donne vie à des monstres où s’allient organes et machines : tuyaux veineux, os de fer, viscères électriques… un voyage dans un corps mécanique, étroit, étouffant, tortueux. Beaucoup des œuvres de Giger sont des représentations de ses rêves, de ses terreurs nocturnes qui proviennent selon les révélations de l’artiste de sa naissance traumatisante, sa mère lui ayant raconté que son accouchement fut long et difficile, obligeant l’utilisation de forceps. Il suffit de voir la machine à naître ou la machine de naissance pour constater que cet évènement est d’une récurrence presque maladive dans l’œuvre de Giger. Pour moi, la création la plus parlante à ce sujet est le passage, décliné en plusieurs versions, à la fois présenté comme une porte de l’enfer mais aussi comme un sexe féminin.

Giger a justement cette particularité de faire ressortir à la fois l’ombre et la lumière de ses sujets. La sexualité par exemple est extrêmement présente, viscérale, exubérante, mais également violente et parasitaire. Si l’on s’attarde sur la créature d'Alien, que ce soit dans son anatomie, sa façon de tuer, de se reproduire, elle apparait clairement comme une allégorie du viole. Ce mélange d’Éros et Thanatos se retrouve aussi dans les portraits de femme de Giger, sensuel croisement de beautés froides et de corps monstrueux, déités inspiratrices, muses démoniaques…

Pour aller plus loin et c’est vraiment ce que cette expo m’a fait réaliser, c’est cette sombre clairvoyance qu’avait Giger pour l’humanité. Outre l'hypersexualisation qui reflète la liberté sexuelle qui s’opéra dans les années 70, on retrouve l’urbanisation de béton et d’asphalte ; l’explosion tentaculaire de la science et des technologies qui transforment l’homme, jusqu’à mutiler sa chair et son âme ; la violence des guerres nucléaires… Plus que des miroirs déformants, les peintures de Giger me sont apparues comme des fenêtres ouvrant sur une humanité retournée comme un gant, exposant ses ténèbres internes, agonisant dans une perpétuelle autodestruction.

Plus qu’un artiste aux multiples talents hanté par ses cauchemars, Giger était un visionnaire capable de voir derrière le masque de chair et de mensonge de l’être humain. Apparenté à juste titre à Lovecraft, il est aujourd’hui difficile de trouver l’un de ses recueils de peintures qui fait directement référence à l’auteur américain : Necronomicon. Néanmoins, je pense que la meilleure expérience en rapport avec l’artiste serait de visiter son musée à Gruyères, en Suisse.


Photos de Anthony Lamacchia, 2017