Vous pouvez aussi

me suivre sur : 

© 2018-2020 by Anthony Lamacchia
 
Contact : anthony_lamacchia@gmx.fr
  • Facebook - Black Circle
  • Instagram - Black Circle

First Man de Damien Chazelle

De retour de First Man de Damien Chazelle. Le réalisateur de Whiplash et La La Land met le jazz de côté pour un biopic sur le premier homme à avoir marché sur la lune, adaptant à sa sauce la biographie officielle de l’astronaute signée par James R. Hansen. Sortant de ses habitudes, est-ce que Chazelle parvient tout de même à toucher la lune (je me sentais obligé de la faire) ? On peut dire que oui.

La première chose qui me faisait peur en allant voir le dernier film avec Ryan Gosling — qui tient donc le rôle de Neil Armstrong — c’était d’y trouver une forte démonstration de suprématie et de patriotisme américain dans cette épisode de l’histoire où les Etats-Unis battent l’Union Soviétique dans la course à l’espace. Mais il n’en est rien, car Damien Chazelle se concentre sur l’homme, l’humain derrière le héros, le père meurtri par le drame d’avoir perdu sa fille des suite d’un cancer, tragédie qui donnera le ton au film et suivra le héros jusqu’à la fin. La notion d’héroïsme est d’ailleurs quasi-absente, le film alternant justement la vie de famille d’Armstrong et son implication dans les programmes Gemini et Apollo. Progressivement, la mission de rejoindre la lune deviendra une échappatoire au personnage de se libérer de la prison terrestre où le fantôme de sa fille continue de le hanter. Un sentiment de cloisonnement que l’on ressent même dans la réalisation avec ses plans rapprochés, filmant de très près les visages coincés dans les scaphandres où se reflète la destination des astronautes. Et c’est dans ces scènes d’isolement, où les personnages sont confinés dans des cockpits minuscules, que la réalisation de Chazelle plonge le spectateur au cœur de l’action : on reste aux côtés d’Armstrong et consort dans la fusée, la caméra en sortant à peine, restant accrochée à la paroi du module spatial à la manière d’Interstellar. Le film de Nolan est, avec 2001 (qui reste encore aujourd’hui une référence), un modèle évident pour Chazelle afin d’apporter un maximum de réalisme à son film. À cela, on peut aussi compter sur une photographie qui sent le vieux documentaire avec son grain prononcé et ses couleurs délavés. Et niveau son, on a droit à un gros travail, que ce soit pour la musique, le souffle du décollage, le cri de l’alarme, mais aussi les petits bruits : les cliquetis de l’altimètre, le silence du vide, le souffle dans le scaphandre… De quoi créer une bulle dans laquelle on ne sortira qu’une fois la lune atteinte…

En ajoutant un montage millimétré et des jeux d’acteur solides (Clare Foy a toujours cette forte présence devant la caméra, même dans un second rôle) Damien Chazelle nous signe ici un très bon film, plus accessible que La La Land malgré sa longue durée et sa fin quelque peu trainante pour les plus pressés.